Citation de Arthur Balfour “Les quatre grandes puissances ... sont engagées pour le sionisme” — 11 août 1919

Dans un mémorandum privé au Cabinet Britannique daté du 11 août 1919, exprime que les grandes puissances se moquent de l’avis des Palestiniens – 90 % de la population à l’époque, et qu’avec de l’aide, le sionisme aidera à résoudre le « problème juif ».

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… Sur ce point, le Pacte [de la Société des Nations, 1919] s'exprime de la manière suivante : -  " Les souhaits de ces communautés (c'est-à-dire des nations indépendantes) doivent être une considération principale dans le choix d'un mandataire. " Le sentiment est irréprochable ; mais comment le mettre en oeuvre ? Pour simplifier l'argumentation, supposons que deux des "nations indépendantes" pour lesquelles des mandats doivent être prévus soient la Syrie et la Palestine ? Prenons d'abord la Syrie. Voulons-nous, dans le cas de la Syrie, consulter principalement les souhaits des habitants ? Il n'en est rien. Selon l'opinion universellement admise, il n'y a que trois mandants possibles : l'Angleterre, l'Amérique et la France. Allons-nous "tenir compte principalement des souhaits des habitants" pour décider lequel d'entre eux doit être choisi ? Nous n'allons rien faire de tel. L'Angleterre a refusé. L'Amérique refusera. De sorte que, quel que soit le désir des habitants, c'est la France qu'ils auront certainement. (...). La contradiction entre la lettre du Pacte et la politique des Alliés est encore plus flagrante dans le cas de la "nation indépendante" de Palestine que dans celui de la "nation indépendante" de Syrie. En effet, en Palestine, nous ne proposons même pas de consulter les souhaits des habitants actuels du pays, bien que la Commission américaine [King-Crane] ait pris la peine de leur demander ce qu'ils étaient. Les quatre grandes puissances [Amérique, France, Grande Bretagne, Italie] sont engagées dans le sionisme. Et le sionisme, qu'il soit juste ou faux, bon ou mauvais, est enraciné dans des traditions séculaires, dans des besoins actuels, dans des espoirs futurs, d'une importance bien plus grande que les désirs et les préjugés des 700 000 Arabes qui habitent aujourd'hui cette ancienne terre. À mon avis, c'est juste. Ce que je n'ai jamais pu comprendre, c'est comment cela peut être harmonisé avec la déclaration, le pacte ou les instructions données à la commission d'enquête. Je ne pense pas que le sionisme fasse du tort aux Arabes, mais ils ne diront jamais qu'ils le veulent. Quel que soit l'avenir de la Palestine, elle n'est pas aujourd'hui une "nation indépendante" et n'est pas encore en passe de le devenir. Quelle que soit la déférence que l'on doive accorder aux opinions de ceux qui y vivent, les puissances, dans leur choix d'un mandataire, n'ont pas l'intention, si j'ai bien compris, de les consulter. En bref, en ce qui concerne la Palestine, les Puissances n'ont fait aucune déclaration de fait qui ne soit admise comme erronée, et aucune déclaration de politique que, au moins dans la lettre, elles n'aient pas toujours eu l'intention de violer. (…) Si le sionisme doit influencer le problème juif dans le monde entier, la Palestine doit être mise à la disposition du plus grand nombre d'immigrants juifs.

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… On this point the Covenant [of the League of Nations, 1919] speaks as follows:— « The wishes of these communities (i.e., the independent nations) must be a principal consideration in the selection of a mandatory » The sentiment is unimpeachable; but how is it to be carried into effect? To simplify the argument, let us assume that two of the ‘independent nations’ for which mandatories have to be provided are Syria and Palestine? Take Syria first. Do we mean, in the case of Syria, to consult principally the wishes of the inhabitants? We mean nothing of the kind. According to the universally accepted view there are only three possible mandatories—England, America, and France. Are we going ‘chiefly to consider the wishes of the inhabitants’ in deciding which of these is to be selected? We are going to do nothing of the kind. England has refused. America will refuse. So that, whatever the inhabitants may wish, it is France they will certainly have. (…). The contradiction between the letter of the Covenant and the policy of the Allies is even more flagrant in the case of the ‘independent nation’ of Palestine than in that of the ‘independent nation’ of Syria. For in Palestine we do not propose even to go through the form of consulting the wishes of the present inhabitants of the country, though the American Commission has been going through the form of asking what they are. The four Great Powers [America, France, Great Britain, Italy] are committed to Zionism. And Zionism, be it right or wrong, good or bad, is rooted in age-long traditions, in present needs, in future hopes, of far profounder import than the desires and prejudices of the 700,000 Arabs who now inhabit that ancient land. In my opinion that is right. What I have never been able to understand is how it can be harmonised with the declaration, the Covenant, or the instructions to the Commission of Enquiry. I do not think that Zionism will hurt the Arabs; but they will never say they want it. Whatever be the future of Palestine it is not now an ‘independent nation’, nor is it yet on the way to become one. Whatever deference should be paid to the views of those who live there, the Powers in their selection of a mandatory do not propose, as I understand the matter, to consult them. In short, so far as Palestine is concerned, the Powers have made no statement of fact which is not admittedly wrong, and no declaration of policy which, at least in the letter, they have not always intended to violate. (...) If Zionism is to influence the Jewish problem throughout the world Palestine must be made available for the largest number of Jewish immigrants. 

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Memorandum par M. Balfour (Paris) Concernant la Syrie, la Palestine et la Mésopotamie.  

Foreign Office No. 371/4183 (1919).   

Texte complet dans Walid Khalidi, “From Haven to Conquest: Readings in Zionism and the Palestine Problem Until 1948”, The Institute for Palestine Studies, Beirut, 1971, pp. 207-210.

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